extrait d'un récent article du Monde:
La scène se déroule il y a vingt ans presque jour pour jour. Le 31 août 1994 débute la manche londonienne du Grand Prix d’échecs, sponsorisé par Intel, compétition où chaque joueur dispose de vingt-cinq minutes pour toute la partie. Les organisateurs ont engagé un participant insolite, a priori le plus faible du plateau, le logiciel ChessGenius. Pour ce premier tour, le programme doit affronter celui qui est considéré comme le véritable génie des échecs, le meilleur joueur de tous les temps, le champion du monde en titre, l’Ogre de Bakou, Garry Kasparov.
La scène se déroule il y a vingt ans presque jour pour jour. Le 31 août 1994 débute la manche londonienne du Grand Prix d’échecs, sponsorisé par Intel, compétition où chaque joueur dispose de vingt-cinq minutes pour toute la partie. Les organisateurs ont engagé un participant insolite, a priori le plus faible du plateau, le logiciel ChessGenius. Pour ce premier tour, le programme doit affronter celui qui est considéré comme le véritable génie des échecs, le meilleur joueur de tous les temps, le champion du monde en titre, l’Ogre de Bakou, Garry Kasparov.
Le Russe, costume crème, commande les pièces blanches. Face à lui, un opérateur transpose sur l’échiquier les coups que la machine lui dicte. Aux alentours du 30e coup, les spectateurs s’aperçoivent que quelque chose cloche pour le champion de chair et de sang. Pensant avoir une meilleure position, il a enclenché une série d’échanges de pièces sans voir qu’un coup intermédiaire subtil va ruiner son initiative. Subitement, c’est lui qui se retrouve sur la défensive. Harcelé par la dame et un cavalier noirs, il perd un pion, puis deux. Après quelques coups joués par inertie, il abandonne, sachant parfaitement qu’il ne pourra pas empêcher un des pions ennemis de filer à dame. Dans la seconde partie, avec les noirs, Kasparov se frappe le front, secoue le crâne comme pour se réveiller et se prend la tête à deux mains quand il s’aperçoit qu’il n’obtiendra pas mieux que la nulle, synonyme d’élimination. ChessGenius passera encore un tour en battant le grand maître bosnien Predrag Nikolic avant d’être balayé en demi-finale par l’Indien Vishy Anand.